Le 7 juin 2026 à 13h02, Manuel Cousin s’élançait des Sables d’Olonne pour sa troisième participation à la Vendée Arctique. Cette épreuve atypique du calendrier IMOCA emmène les skippers en solitaire jusqu’au cercle polaire arctique avant un retour en Vendée, sur un parcours où la stratégie, la gestion du bateau et la capacité d’adaptation sont constamment mises à l’épreuve.
Un départ réussi et des choix stratégiques payants
Les premières heures de course se déroulent dans des conditions relativement clémentes : une dizaine de nœuds de vent et une mer déjà formée avec des creux de 1,50 à 2 mètres. Très vite, la flotte doit faire des choix tactiques pour remonter vers le nord.
Manuel Cousin opte alors pour une route plus à l’ouest de l’île d’Yeu. Une option qui s’avère judicieuse puisqu’il pointe à la quatrième place quelques heures seulement après le départ, au contact des meilleurs.
Première avarie
Mais en solitaire, les imprévus font partie du jeu. Le bateau de Manuel venant d’être sorti de chantier, l’équipe n’a pas encore eu le temps de le tester dans du gros temps. Et ça change tout, ce qui ne tient pas doit casser aujourd’hui pour être mieux préparé demain !
Les premières difficultés apparaissent avec une défaillance du système de hook de grand-voile, une pièce essentielle permettant de verrouiller la tête de voile en haut du mât. Alors que le vent se renforce et qu’il devient nécessaire de réduire la voilure, le système de déhookage de secours empêche le bon fonctionnement.
Pendant plus de trois heures, Manu bataille pour résoudre le problème et baisse entièrement sa grand-voile. Une intervention délicate réalisée dans des conditions déjà musclées, alors qu’un front météorologique traverse la zone de course. Finalement, Manuel parvient à renvoyer sa grand-voile, à prendre ses ris comme il se doit !
Dans la foulée, les concurrents retrouvent des conditions beaucoup plus engagées : du près, une mer formée et des bateaux soumis à de fortes contraintes mécaniques.
Une voie d’eau inattendue
La trappe de pont avant laisse entrer de l’eau à chaque vague embarquée. Dans les conditions rencontrées, c’est l’équivalent de plusieurs litres d’eau qui pénètrent régulièrement à l’intérieur du bateau.
Impossible de réaliser une réparation classique en pleine mer. Manu choisit alors une solution radicale mais efficace : sortir les voiles de la soute avant et condamner entièrement la trappe au Sikaflex.
Le bateau, récemment remis à l’eau après son chantier hivernal, avait pourtant subi des tests d’étanchéité à quai. Mais rien ne remplace les conditions réelles rencontrées au large du Grand Nord.
Quand la course devient un exercice de survie technique
Au fil de la remontée vers les hautes latitudes, les conditions se durcissent. Les IMOCA doivent composer avec des vents de nord-ouest soutenus et une houle dépassant parfois les quatre mètres.
Dans ces conditions, chaque déplacement à bord devient une épreuve, se faire un simple café n’est pas possible tellement le bateau saute sur les vagues. Les manœuvres demandent davantage d’énergie et la fatigue s’accumule. La performance ne se mesure plus uniquement à la vitesse du bateau mais aussi à la capacité du skipper à préserver son matériel tout en restant compétitif. Où mettre le curseur quand on atteint le cercle polaire ?…
Une nuit sous tension
Après cinq jours de course, Manuel est confronté à l’incident le plus sérieux de cette Vendée Arctique. Au cours de la nuit, un départ de feu électrique se déclare à bord de Coup de Pouce.
À l’origine de l’incident : un ancien câble d’alimentation de l’hydrogénérateur bâbord. De la fumée envahit rapidement l’intérieur du bateau.
Seul au milieu de l’Atlantique Nord, Manu fait de suite preuve d’un remarquable sang-froid et de bon sens. Il faut dire que Manuel a beaucoup travaillé sur son bateau cet hiver et le connait très bien.
La Direction de Course est immédiatement alertée, tout comme les centres de secours maritimes du Grand Nord et son équipe à terre.
Manu identifie la source du problème, sécurise son installation et maîtrise la situation. Il rassure alors toute son équipe, et la direction de course. Après avoir stoppé son bateau le temps de l’intervention, Manuel peut finalement reprendre sa route, renvoie ses voiles et met le cap vers le cercle polaire !
Le cercle polaire comme récompense
Quelques jours plus tard, le franchissement du cercle polaire arctique prend des allures de délivrance.
Après une montée vers le nord marquée par plusieurs soucis techniques, ce passage symbolique récompense la ténacité du skipper sablais. Une fois le cercle polaire passé du sud vers le nord et du nord vers le sud, cap sur la maison !
Le près fait maintenant place au portant !
Le retour vers les Sables-d’Olonne s’avère ensuite stratégique sur le plan météorologique, avec des choix de route déterminants pour négocier les zones de transition avec très peu de vent et les systèmes dépressionnaires.
Des enseignements précieux pour la Route du Rhum
Malgré les difficultés rencontrées, cette Vendée Arctique laisse entrevoir de belles perspectives pour la suite.
Pour la première fois dans des conditions variées et engagées, Manu a pu exploiter pleinement les nouveaux foils installés sur son IMOCA. Les sensations sont prometteuses et le potentiel du bateau apparaît désormais clairement.
De nombreuses heures d’entraînement seront encore nécessaires pour affiner les réglages et optimiser les performances, mais cette course constitue une étape importante dans la préparation de la Route du Rhum 2026.
Manu coche la case qualificative pour la Route du Rhum et également pour le Vendée Globe !
L’émotion après la disparition de Charlie Dalin
Cette édition restera également marquée par une immense tristesse au sein de la communauté nautique avec la disparition de Charlie Dalin le 11 juin 2026.
La nouvelle a profondément touché Manuel Cousin, qui a partagé pendant huit saisons les pontons et les courses avec le navigateur havrais.
Comme beaucoup de marins, Manu garde le souvenir d’un compétiteur exceptionnel, mais aussi d’un homme apprécié pour sa simplicité, sa gentillesse et son immense talent.
Son héritage sportif et humain continuera d’inspirer toute une génération de navigateurs, nous en sommes certains. Il restera dans notre cœur ❤️.
